Solidarité

Un jour, un métier : Le travailleur Social APA

A l'occasion de la Semaine Bleue du 7 au 13 octobre, découvrez le témoignage d'un travailleur Social APA

Publié le

Le travailleur Social APA

Témoignage

« Je suis travailleur social APA sur le département du Gers. 

« Vous allez mieux comprendre la nature de mes interventions par le biais de la présentation d’un couple de personnes âgées, bénéficiaire de l’APA, que j’accompagne dans la réalisation de leur projet de vie et de maintien à leur domicile. 

Raymond* a 84 ans. Il bénéficie de l’APA depuis 2016. Noémie* a 85 ans. Elle bénéficie de l’APA depuis 2017. Ils vivent dans un bourg du Gers et sont locataires depuis 30 ans d’une maison de ville, avec un étage. 

Ils ont eu 3 enfants. L’un d’eux est décédé l’année dernière, ce qui les a beaucoup affectés. Les deux autres sont assez présents, vivent dans le Gers mais sont un peu dépassés par l’évolution de la perte d’autonomie de leurs parents. 

Ils ont besoin d’être soutenus dans les démarches administratives et financières à accomplir et me téléphonent souvent ; Ils viennent régulièrement s’entretenir avec moi. 

Raymond a chuté plusieurs fois dans l’escalier, les chambres et les sanitaires étant situés à l’étage. 

Cela a entraîné des hospitalisations et un retour à domicile bien difficile à organiser. 

Un lit médicalisé a été installé dans une petite salle à manger située en rez de chaussée. Faute de place disponible, le service de soins infirmiers ne peut venir faire la toilette de Raymond. J’ai donc contacté les infirmières libérales qui viennent déjà 3 fois par jour pour contrôler le traitement de Noémie. Malheureusement, elles n’ont pas la possibilité d’assurer le temps de toilette de Raymond. Il faudra donc négocier avec le service d’aide à domicile qui intervient dans le cadre de l’APA pour les activités ménagères, la préparation des repas, la surveillance et la stimulation de l’autonomie. A priori, la toilette de Raymond au lit, ne relève pas de leurs attributions, mais faute d’autres solutions, nous assumons. L’enveloppe d’heures d’aide à domicile étant plafonnée selon le degré de dépendance, je propose de faire appel à un service de portage de repas et les heures consacrées à la préparation des repas peuvent donc être affectées à la toilette et au nursing de Raymond, sous la surveillance des infirmières libérales. Un des enfants, qui vit à une dizaine de kilomètres, se charge des courses et envisage de financer avec son frère un complément d’heures d’aide à domicile afin d’assurer trois passages dans la journée au domicile du couple, notamment le soir. Un autre service d’aide à domicile, conventionné par la complémentaire santé du couple, intervient au moment des sorties d’hôpital. Je rencontre alors les deux services pour articuler leurs interventions respectives et les faire coïncider avec les besoins et le rythme de vie du couple.

Le Département du Gers au service Témoignage de Raymond et Noémie

Progressivement, j’essaie de faire comprendre au couple que leur logement est complètement inadapté à leur situation actuelle. Avec l’accord des enfants, le couple accepte que des dossiers de relogement soient constitués auprès d’organismes de logement social. Raymond et Noémie ont beaucoup de difficultés à accepter leur situation. Toute une vie de travail, d’indépendance, avec la fierté de ne jamais avoir à demander de l’aide ! Tout cela réduit à néant par cette perte d’autonomie progressive. Ce refus à anticiper et préparer leur avenir immédiat les conduit à commettre des imprudences et à refuser les conseils. Mon travail consiste aussi à accepter et composer avec ce type de personnalité. L’aide optimale que j’imagine et qui me rassurerait ne correspond pas forcément à ce que le couple est en mesure d’accepter. Les notions de risque et de danger sont sans cesse réinterrogées dans ce type de situation. Trois mois après la première hospitalisation, Raymond chute à nouveau et il retourne à l’hôpital. Après concertation avec le médecin traitant, le service médical de l’APA, les infirmières, le service d’aide à domicile, je réunis les enfants pour les sensibiliser et envisager d’autres mesures pour leurs parents. J’effectue les démarches nécessaires pour l’installation d’un service de téléassistance. 

Noémie ne veut plus que le service de portage de repas intervienne. Elle estime que leurs habitudes alimentaires ne sont pas respectées et c’est son droit le plus strict. Nous réajustons donc les heures d’intervention du service d’aide à domicile pour réintroduire des temps de préparation des repas. Je présente à chaque fois le dossier en équipe technique auprès du service d’action gérontologique pour modifier et ajuster le plan d’aide et son financement. J’effectue des dossiers de demande d’admission dans plusieurs Établissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) au cas où la situation viendrait à s’aggraver. Après quelques centaines de kilomètres, 5 ou 6 heures d’appels téléphoniques pour effectuer des liaisons avec tous les intervenants de la situation, 15 heures de visites à domicile, et 6 heures d’entretiens avec la famille du couple, des rédactions de plans d’aide à présenter et à argumenter en réunions, le tout sur un laps de temps de trois mois, vous comprenez peut-être mieux mon rôle dans cette chaîne du maintien à domicile. » 

Ces quelques propos n’illustrent pas toute l’énergie et tout l’enthousiasme, le tact et la diplomatie dont les 17 travailleurs sociaux APA répartis sur les 6 UTAS doivent faire preuve. Leur connaissance des partenaires institutionnels du secteur et leur inscription dans des réseaux de travail et de réflexion locaux leur permettent d’assurer une pratique professionnelle efficace et qualitative dans un département rural où 24 % de la population a plus de 65 ans. De fait, l’action sociale en direction des 4 500 personnes âgées bénéficiaires de l’APA à domicile y est déterminante.

 

Pour toutes informations : CD32 – Direction des Politiques de l’Autonomie: 05-62-67-31-97