Le journalisme au plus près des habitants du bas-armagnac
Une résidence de journaliste pour décrypter l'information au cœur du Bas-Armagnac
Et si chacun pouvait devenir journaliste le temps d'un atelier ? C'est le pari relevé par la résidence de journaliste portée par le Conseil départemental du Gers, à travers sa Médiathèque départementale et sa Direction Culture, Tourisme et Patrimoine. Retenu dans le cadre d'un appel à projets de la DRAC Occitanie, le Département a accueilli, entre janvier et avril 2026, le journaliste professionnel Sylvain Derne pour six semaines d'immersion au cœur du territoire.
Durant cette résidence, l'information s'est invitée dans les écoles, les médiathèques, les structures médico-sociales et les espaces jeunesse du Bas-Armagnac. Objectif : donner à chacun les clés pour comprendre, décrypter et produire de l'information.
Au programme, des ateliers d'éducation aux médias et à l'information centrés notamment sur la pratique radiophonique. Résultat : quatre émissions de radio et podcasts entièrement conçus et enregistrés par les participants. Adolescents de l'Accueil Jeunes, jeunes de l'Institut médico-éducatif du Houga, bénéficiaires du Service Accueil de Jour ou encore élèves des établissements scolaires se sont prêtés à l'exercice du reportage, de l'interview et de la prise de parole au micro. Une expérience concrète qui leur a permis de raconter leur territoire avec leurs propres mots.
Dans les établissements scolaires, de la cité scolaire d'Artagnan à Nogaro à l'école primaire du Houga, les jeunes ont découvert les coulisses du métier de journaliste, ses méthodes de travail et ses exigences.
La réflexion s'est poursuivie dans les médiathèques de Nogaro et du Houga, qui ont accueilli cinq conférences ouvertes à tous. Fake news, désinformation, réseaux sociaux ou encore liens entre médias et création artistique : les échanges ont permis d'aborder les grands enjeux de l'information à l'heure du numérique. Sans oublier des ateliers autour du décryptage de l'image au Centre médico-psycho-pédagogique de Nogaro.
Au fil des rencontres et des productions, cette résidence a fait vivre le journalisme au plus près des habitants. Une aventure collective qui a permis de faire entendre de nouvelles voix tout en donnant des repères essentiels pour mieux comprendre le monde de l'information.
Interview de Sylvain Derne, journaliste, animateur de cette résidence
Pendant ces six semaines de résidence au cœur du Bas-Armagnac vous avez pu rencontrer les habitants, jeunes comme adultes sur la question de l’éducation aux médias, en quoi cela vous semble important de mener ce genre d’actions ?
Ce qu'on appelle "l'éducation aux médias" relève pour moi d'une sorte de "gymnastique mentale", quand on la pratique avec des publics différents. C'est-à-dire qu'on prend soudain le temps de se retrouver, collectivement, pour analyser le traitement de certaines actualités, ou - encore mieux ! - se mettre à produire nous-mêmes un média. En l'occurrence, on a beaucoup travaillé les formats radio, et podcast (avec la production de 4 programmes radio à la clé). Ainsi, on redevient actifs dans un processus où on est souvent passifs (en tant que spectateurs, auditeurs, lecteurs ou "consommateurs de contenus" sur les réseaux).
Vous avez travaillé avec des publics très variés, des élèves aux jeunes de l’IME, en passant par les bénéficiaires du Service Accueil de Jour : quel ressenti avez-vous eu par rapport à leur vision des médias ?
Je n'avais pas forcément l'impression d'un regard négatif, mais plutôt d'une forme de grande distance avec le monde des médias. Cette "distanciation" est sûrement due au caractère anxiogène du régime actuel d'informations, ainsi qu'au "mélange des genres" permanent entre infos, divertissements, rumeurs et infox sur le web, etc. Et puis ce qui rassemble tous ces publics, c'est le contexte rural propre au Bas-Armagnac. Or les campagnes se sentent parfois éloignées des thématiques abordées par les rédactions des grands médias, presque toujours urbains. Donc cette possibilité de nous emparer nous-mêmes du micro, pour faire du reportage de terrain, nous a été très précieuse je crois !
À l’heure des fake news et de la surinformation, quels sont selon vous les réflexes essentiels que cette résidence a permis de transmettre aux participants pour mieux décrypter l’information au quotidien ?
Déjà, ce qui m'a agréablement surpris, c'est que chez les plus jeunes, il y avait cette envie de discerner le vrai du faux, et de faire preuve d'un discours plutôt critique contre les nouvelles tendances technologiques. En contexte plus scolaire, l'objectif était de montrer quelles étaient les différentes logiques à l’œuvre derrière différents types de production de messages/contenus (informations, publicité, canular, infox ou propagande, ingérence étrangère, hallucinations causées par l'IA). En se questionnant sur les fameuses sources, et la manière dont certain(e)s influenceur(se)s convoquent des arguments d'autorité pour crypter leurs intentions, on fait un peu ce travail critique aussi. Ensuite, nous avons essayé de nous questionner par la pratique journalistique elle-même : à chaque étape de la fabrication d'une émission de radio, on est amenés à vérifier ce qu'on dit, à faire attention au contexte et à la fiabilité des infos qu'on partage, etc. Enfin, j'ai essayé de partager avec plusieurs publics quelques outils simples (outils de recherche d'image inversée, par exemple) et de rappeler l'émergence de l'OSINT (Open Source Intelligence), qui permet à chaque internaute, théoriquement, de faire ses propres recherches et vérifications personnelles.
Personnellement quel enseignement tirez-vous de cette expérience ?
Les retours de cette expérience sont juste monumentaux, je n'ai pas fini de les digérer ! Pour éviter d'être trop long dans ma réponse, je me contenterais d'un aspect : celui du passage à la pratique radiophonique, par des publics qui n'en ont pas forcément l'habitude, permet ensuite d'aborder naturellement les aspects théoriques. La qualité des enregistreurs qu'on a pu obtenir, la disponibilité des personnes que nous allions interviewer ou chez qui nous allions faire du reportage (la ferme familiale des Béziat, éleveurs de vaches bazadaises au Houga ; ou l'ESAT du Peyran...), et à la fin la possibilité de pouvoir préparer (recherche de musiques et génériques libres de droits, etc.) et de tout enregistrer en format "studio radio" grâce à une console de bonne qualité, nous ont offert des retours d'expérience exceptionnels. Il y a eu beaucoup de joie et d'humour au milieu de nos travaux collectifs. Je crois que jeunes comme moins jeunes ont adoré l'exercice... et moi aussi au passage, car j'ai eu la chance de découvrir un très beau territoire grâce à de super ambassadrices et ambassadeurs !
Retrouvez toutes les productions sur la page : Entre terroir et Tout-Monde : Les jeunes de l’Armagnac face à la fabrique de l’information - Le Département du Gers
